C.R.L.D.H.  Tunisie

Communiqué

ARRESTATION DE SIHEM BEN SEDRINE A SA DESCENTE D'AVION A L'AEROPORT DE TUNIS-CARTHAGE.

La rumeur d'un mandat d'amener lancé contre Sihem Ben Sedrine à la suite de sa participation à l'émission  " Le grand Maghreb " de la Chaîne T.V. " Al Mustaquilla " (Londres), s'est confirmée. La porte-parole du CNLT, directrice du magazine "en ligne" Kalima et de la maison d'édition Aloès, a été arrêtée le mardi 26 juin 2001 au matin ( environ 10h30 heures locales) à sa descente d'avion en provenance de Marseille.

Cette arrestation - sous le prétexte d'une plainte en diffamation d'un magistrat qu'elle avait, à juste titre, mis en cause - confirme d'autant plus  le raidissement du pouvoir à l'égard des défenseurs des droits humains et des opposants, qu'elle a pris la forme d'un véritable rapt.

C'est au terme d'un séjour en Europe de près de deux semaines au cours duquel elle a participé le dimanche 17 juin et le dimanche 24 juin 2001 à l'émission  " Le grand Maghreb " sur la chaîne de télévision Al Mustaquilla, émettant à partir de Londres, que Sihem Ben Sedrine a été interpellée. Elle arrivait de Marseille et elle était accompagnée par : Maître Emmanuelle Distria, du barreau d'Aix en Provence,  et M. Christian Amirati., président de l'ADRIM et membre de la commission nationale des droits de l'homme du Pari Socialiste français. Elle a comparu devant le juge d'instruction plus trois de trois heures après son arrivée, autant de temps pendant lequel ses proches sont demeurés sans nouvelles.  .

Journaliste et éditrice, ancienne vice-présidente de la LTDH,  Sihem Ben Sedrine est la porte-parole du CNLT (non reconnu par les autorités). Elle dirige la maison d'édition Aloès,  ainsi que le magazine " En ligne " Kalima  (censuré en Tunisie) et elle est Secrétaire Générale de l'Observatoire pour la défense des libertés de la Presse, de l'édition et de la création (OLPEC), affilié au réseau international de RSF et dont la demande de visa a été déposée il y a deux mois.

Infatigable militante des libertés et des droits humains, Sihem Ben Sedrine  n'a cessé, depuis des années, d'être harcelée par la police tunisienne. Celle-ci a même fait circuler des photos pornographiques, bien entendu truquées, la mettant en cause  et qui ont été remises  notamment à son propre fils ! Il y a quelques semaines,  lors de la grève de la faim du militant  Jalel  Zoghlami, elle avait été violemment agressée, ainsi que son mari Omar Mestiri,  par la police et les nervis du parti gouvernemental,  ce qui l'a obligé à porter une minerve.

Au cours de l'émission " Le grand Maghreb " de la chaîne T.V.  " Al  Mustaquilla " du 17 juin 2001, elle avait évoqué la question de la corruption en Tunisie et elle avait fait référence aux propos tenus devant témoins par un magistrat. Ne voulant pas l'attaquer sur le sujet gênant de Moncef  Trabelsi, le beau-frère du Chef de l'Etat qu'elle avait justement mis en cause,  la police et la justice aux ordres ont engagé contre elle une procédure en diffamation à l'égard du seul magistrat cité. Un mandat d'amenée a été immédiatement lancé contre elle mais, malgré la rumeur persistante sur ce point, son mari , Omar Mestiri, et ses avocats n'avaient pas pu en avoir confirmation. Cela ne l'a pas empêché de participer à nouveau à l'émission " Le grand Maghreb " du dimanche 24 juin 2001, au cours de laquelle elle a annoncé sa ferme intention de rentrer en Tunisie le mardi 26 juin 2001. Dans l'intervalle Sihem Ben Sedrine - tout comme les opposants participant à cette émission depuis deux mois, ainsi que le journaliste animateur des débats, Zohair  Latif, et le directeur de la chaîne,  Mohamed  El  Hachemi  HAMDI - a fait l'objet d'une violente campagne de presse, injurieuse, diffamatoire, sexiste et raciste (cf. notamment les quotidiens " La Presse de Tunisie " et  "  Ach-Chourouk ").

Le CRLDHT qui s'associe pleinement au communiqués d'urgence de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme -FIDH(, d'Amnistiy Internationale, Réseau euro méditerranéen des droits de l'homme - REMDH- et de Reporters sans frontières -RSF-, salue le courage de Sihem Ben Sedrine et la façon conséquente et digne avec lesquels elle assume ses responsabilités face à un état policier déstabilisé,  malgré son caractère répressif  et son arrogance,  par une série de dix émissions hebdomadaires qui ont donné la parole à des personnes jusqu'ici bâillonnées .

Le CRLDHT dénonce ce nouvel échelon de l'escalade du pouvoir contre les défenseurs des droits humains et des libertés et  exprime son inquiétude quant au sort de Sihem Ben Sedrine livrée à une justice aux ordres. 

Le CRLDHT qui réaffirme sa solidarité avec la chaîne T.V. "  Al Mustaquilla ",  ses animateurs et son directeur, estime que les poursuites engagées contre Sihem Ben Sedrine et son rapt à sa descente d'avion, confirme le brutal raidissement de l'état-RCD qui s'est notamment illustré , moins de trois semaines après la visite officielle en  Tunisie du ministre français à la coopération internationale, par :

* L'arrestation arbitraire de Mohamed Mouadda,  président du MDS, embastillé par une lettre de cachet pour neuf ans et demi

* Le verdict aberrant dans l'affaire de la LTDH

* L'audience précipitée en appel  du docteur Moncet  Marzouki  dont le prononcé de jugement aura lieu le 7 juillet

* L'indifférence criminelle à l'égard de la grève de la faim de l'ancien  détenu Mohamed  Bejaoui qui est dans un état désespéré au terme de cinquante jours de grève de la faim

* Le refus opposé au départ à l'étranger de Sadri Khiari, cofondateur du CNLT et de l'association Raid ( section d'Attac) qui poursuit sa grève de la faim, entamée le 14 juin, pour obtenir son passeport (ce qui a été fait) et se rendre en France pour un rendez-vous universitaire important, relatif à sa thèse.

* la grève de la faim des animateurs du Comité national de soutien à Hamma Hammami.

* La répression contre les étudiants et les cadres de l'UGET, notamment à Gafsa et à Jendouba.

* Les conditions dans lesquelles Ismail Sahbani, ancien secrétaire général de l'UGTT, a été jugé et condamné à 13 ans de prison ferme.

* La campagne, violente, injurieuse et odieuse, lancée contre la chaîne T.V. d' " Al Mustaquella " et  les Tunisiens participants à ses émissions.

 

LE CRLDHT EXIGE LA LIBERATION IMMEDIATE DE SIHEM BEN SEDRINE ET LA CESSATION DES POURSUITES ARBITRAIRES ENGAGEES CONTRE ELLE.

 

 Paris, le 26 juin  2001

 

PS : Nous venons d’apprendre que Sihem Ben Sedrine vient d’être écrouée à la prison civile de Tunis au terme de sa comparution devant le juge d’instruction. Elle comparaîtra le 5 juillet devant le juge .